L’art d’observer ce qui se passe en soi
Nous passons notre vie à penser.
Nous pensons à ce qui nous arrive, à ce que les autres disent, à ce que nous allons faire demain, à ce qui s’est passé hier.
Mais nous pensons rarement à une chose, notre manière de penser.
C’est précisément là que commence la métacognition.
Le terme peut sembler complexe, pourtant, son principe est simple.
La métacognition, c’est la capacité à observer notre propre fonctionnement mental.
Ce n’est plus seulement penser, c’est pouvoir prendre du recul et se demander ce qui est en train de se passer en moi.
Je pense, alors je ressens puis j’agis donc j’obtiens des conséquences.
C’est une chaîne que j’aime utiliser pour expliquer notre fonctionnement.
Je pense et ma pensée génère une émotion, mon émotion devient un moteur pour mon action et mon action produit des conséquences.
Et cela fonctionne aussi bien dans le bon sens que dans le mauvais sens.
Prenons une situation simple.
Un responsable me demande de revoir une partie de mon travail.
Le fait est qu’on me demande d’en modifier une partie.
Mais mon cerveau peut immédiatement interpréter que mon travail n’est pas assez bon, ou que je ne suis pas compétent (e).
La pensée provoque une émotion, le doute, la honte, la colère, l’insécurité…
Et cette émotion peut influencer mon comportement.
Je peux me fermer, me justifier, perdre confiance ou, au contraire, chercher à prouver davantage ma valeur.
L’action produit alors des conséquences, qui peuvent à leur tour renforcer ce que je pensais au départ.
C’est là que la boucle se crée.
Mais une pensée n’est pas forcément une vérité.
C’est l’un des grands apprentissages de la métacognition.
Notre cerveau ne se contente pas d’enregistrer ce qui se passe, il interprète.
Il compare avec ce qu’il connaît déjà, utilise nos expériences passées, nos croyances, nos peurs, nos habitudes et certains raccourcis mentaux pour donner du sens à ce qui nous arrive.
Deux personnes peuvent vivre exactement le même événement et lui donner deux significations complètement différentes.
Le fait reste le même mais l’histoire que nous construisons autour du fait peut changer.
On m’a demandé de modifier mon travail est un fait.
Je suis incompétent (e) est une interprétation.
Et une interprétation répétée peut finir par devenir une croyance.
C’est ainsi que des phrases comme :
- Je suis comme ça.
- Je dois tout contrôler.
- Je ne peux compter que sur moi.
Peuvent finir par nous sembler être des vérités absolues, alors qu’elles sont parfois simplement des conclusions que nous avons apprises à prendre pour des vérités.
Et nos émotions ?
Nos émotions sont précieuses.
Elles nous informent sur ce qui se passe en nous, sur nos besoins, nos limites, nos peurs ou notre perception d’une situation.
Mais elles ne sont pas toujours une description exacte de la réalité.
- Je peux ressentir de la peur sans être réellement en danger.
- Je peux ressentir du rejet sans être réellement rejeté.
- Je peux ressentir de la culpabilité sans avoir réellement fait quelque chose de mal.
L’émotion est réelle, mais ce qu’elle me raconte peut être questionné.
La métacognition nous permet alors de passer de je ressens cela donc c’est forcément vrai, à je ressens cela mais qu’est-ce que cette émotion essaie de me dire ?
Cette nuance change beaucoup de choses, et parfois, ce n’est pas seulement le présent qui réagit.
Certaines situations actuelles peuvent réveiller d’anciens schémas.
– Une remarque peut réactiver une ancienne peur de l’échec.
– Une erreur peut réveiller une croyance d’insuffisance.
– Une situation d’incertitude peut réveiller un besoin de contrôle.
Nous pouvons alors avoir l’impression de réagir uniquement à ce qui se passe aujourd’hui alors qu’une partie de notre réaction appartient aussi à notre histoire.
La métacognition nous invite à observer
- Qu’est-ce qui vient réellement de se passer ?
- Qu’est-ce que j’en ai interprété ?
- Qu’est-ce que cela a réveillé en moi ?
- Et qu’est-ce que j’ai envie de faire à partir de là ?
C’est là que se trouve notre marge de liberté.
- Nous ne choisissons pas toujours notre première pensée.
- Nous ne choisissons pas toujours notre première émotion.
- Nous ne pouvons pas contrôler tout ce qui se passe dans notre cerveau.
- Mais nous pouvons apprendre à observer et observer crée une distance.
– Une pensée peut traverser mon esprit sans devenir une vérité.
– Une émotion peut traverser mon corps sans devenir une décision.
– Un ancien schéma peut se manifester sans que je sois obligé de le reproduire.
C’est cela, réellement, la métacognition, ne pas chercher à contrôler tout ce qui se passe en soi, mais apprendre à comprendre suffisamment son fonctionnement pour pouvoir choisir ce que l’on en fait.
Parce qu’entre, ce que je pense, ce que je ressens, ce que je fais, et ce que cela produit, il existe parfois un petit espace.
Et dans cet espace il y a le choix.
- Le choix de croire cette pensée ou de la questionner.
- Le choix de laisser une émotion nous informer sans la laisser décider à notre place.
- Le choix de reproduire un vieux schéma ou d’essayer quelque chose de différent.
Nous ne pouvons pas toujours choisir ce qui nous traverse.
Mais nous pouvons apprendre à choisir ce que nous en faisons.
Et peut-être que la véritable liberté intérieure ne consiste pas à ne plus avoir peur, à ne plus douter, à ne plus se tromper ou à tout contrôler.
Elle consiste à pouvoir se regarder fonctionner, comprendre ce qui se joue en soi et se dire, je vois ce qui se passe en moi, je ne peux peut-être pas choisir ma première réaction mais je peux choisir ma réponse.
Parce que ce n’est pas toujours ce que nous pensons ou ressentons qui détermine notre vie mais ce que nous choisissons d’en faire.