Qui tient réellement les rênes de notre vie ?
Notre comportement? Nos émotions ? Notre personnalité ? Nos identités ? Nos croyances ? Nos valeurs ? Nos besoins ?
Ou sommes-nous simplement le résultat de toutes ces composantes, qui, à chaque instant, se rencontrent, s’influencent et parfois se contredisent ?
Nous aimons croire que nous savons pourquoi nous faisons ce que nous faisons.
- Je suis comme ça.
- C’est mon caractère.
- Je le ressens comme ça.
- C’est important pour moi.
Mais derrière un même comportement peuvent se cacher des histoires très différentes.
Une personne peut chercher à tout contrôler parce qu’elle aime que les choses soient bien faites ou parce qu’elle a profondément besoin de sécurité.
Une personne peut être extrêmement indépendante parce que c’est une valeur qui lui est chère ou parce qu’elle a appris, un jour, qu’il était plus prudent de ne dépendre de personne.
Une personne peut donner énormément parce que la générosité fait partie de ses valeurs ou parce qu’elle a appris à trouver sa place en étant utile aux autres.
Alors, qui conduit ?
Nos besoins prennent parfois le volant.
Nos émotions peuvent brusquement changer la trajectoire.
Nos croyances peuvent décider de ce qui nous paraît possible ou impossible avant même que nous ayons pris le temps de réfléchir.
Nos valeurs nous indiquent ce qui compte pour nous.
Notre personnalité influence notre manière de percevoir le monde et d’y répondre.
Et nos identités construisent progressivement une histoire sur nous-mêmes,
- Je suis fort (e)
- Je suis indépendant (e)
- Je suis celui (celle) qui aide
- Je ne renonce jamais
- Je dois être parfait (e)
- Je n’ai besoin de personne.
À force de nous répéter ces histoires, nous finissons parfois par ne plus faire la différence entre ce que nous sommes et ce que nous avons appris à être.
C’est peut-être là que commence une autre forme de connaissance de soi.
Parce que se connaître ne consiste pas uniquement à savoir quelles sont nos qualités, nos défauts, notre personnalité ou notre histoire.
C’est aussi apprendre à observer ce qui se passe derrière nos réactions.
- Pourquoi cette situation me touche autant?
- Pourquoi ai-je besoin de contrôler ceci?
- Pourquoi ai-je tant de mal à recevoir?
- Pourquoi cette personne réveille-t-elle ce petit quelque chose en moi?
- Pourquoi ai-je besoin d’être reconnue?
- Pourquoi est-ce si difficile pour moi de dire non?
Parfois, une émotion arrive avant même que notre pensée ait eu le temps de comprendre.
Parfois, un besoin parle tellement fort que nous le prenons pour une vérité.
Parfois, une croyance ancienne se présente comme une évidence.
Et parfois, nous défendons avec beaucoup de conviction une identité qui n’est plus vraiment la nôtre.
Pourtant, tout ce qui se joue en nous a une histoire.
Nos comportements ont souvent été des réponses à quelque chose.
Nos croyances se sont construites à partir de nos expériences.
Nos mécanismes de protection ont eu leur utilité.
Certaines de nos identités nous ont permis de traverser des périodes où nous avions besoin d’être cette personne là.
Il ne s’agit donc pas de lutter contre tout ce qui existe en nous, il s’agit simplement d’apprendre à l’entendre.
Et c’est précisément ici que la conscience entre en scène.
Parce qu’il existe une différence immense entre vivre quelque chose et se rendre compte que nous sommes en train de le vivre.
Entre être en colère et remarquer que je suis en colère.
Entre avoir peur et pouvoir reconnaître que la peur est là.
Entre penser que je suis incapable et observer qu’une pensée me dit que je suis incapable.
Dans ce petit espace se produit quelque chose de profondément humain.
Nous cessons un moment d’être entièrement confondus avec ce qui nous traverse.
La conscience crée une distance.
Pas une distance froide ou intellectuelle mais une distance suffisamment grande pour pouvoir regarder ce qui se passe sans être immédiatement emporté par elle.
Et peut-être que cette distance est l’un des premiers espaces de nous même.
Car tant que nous sommes complètement identifiés à notre émotion, à notre besoin, à notre peur ou à notre croyance, nous avons peu de choix et donc nous réagissons.
Mais lorsque nous pouvons observer ce qui se passe en nous, une possibilité apparaît, celle de répondre plutôt que de simplement réagir.
La conscience ne supprime pas nos émotions, elle ne fait pas disparaître nos besoins, elle ne réécrit pas notre histoire.
Elle fait quelque chose de plus subtil, elle nous permet de ne plus confondre ce qui nous traverse avec ce que nous sommes.
Une émotion peut être entendue sans devenir une décision.
Un besoin peut être reconnu sans devenir une exigence.
Une croyance peut être questionnée sans être immédiatement rejetée.
Une identité peut évoluer sans que nous ayons à perdre qui nous sommes.
Et plus nous devenons capables d’observer nos mécanismes, plus nous découvrons quelque chose d’étonnant.
Nous ne sommes peut-être pas obligés de choisir entre être nous-mêmes et changer, parce que ce que nous appelons MOI est aussi en partie constitué de choses que nous avons apprises, répétées, adaptées et parfois héritées de notre histoire.
La conscience ne nous demande donc pas de devenir quelqu’un d’autre.
Elle nous invite plutôt à regarder ce qui, en nous, conduit actuellement et à décider si nous voulons continuer à lui laisser le volant.
Alors peut-être que la vraie question n’est pas seulement, qui suis-je ? Mais, qui, en moi, est en train de conduire ?
Et peut-être qu’une question encore plus profonde vient ensuite, suis-je capable de le voir sans devenir ce que je vois ?
Car c’est peut-être là que commence véritablement notre authenticité.
Non pas lorsque nous n’avons plus de peur.
Non pas lorsque nous contrôlons parfaitement nos émotions.
Non pas lorsque nous avons enfin trouvé une définition stable de nous-mêmes.
Mais lorsque nous pouvons accueillir ce qui se passe en nous, l’observer, le comprendre puis choisir notre réponse avec conscience.
Être conscient, ce n’est donc pas nécessairement tout contrôler.
C’est pouvoir être présent à ce qui nous traverse sans lui abandonner automatiquement les clés.
Peut-être que les rênes ne sont finalement tenues ni par nos émotions, ni par nos besoins, ni par nos croyances, ni même par notre personnalité.
Peut-être que toutes ces parts participent à la conduite.
Et que la conscience, elle, est cet espace en nous qui peut les regarder, les écouter, les mettre en relation et parfois dire, je vous entends, mais cette fois, laissez-moi choisir la direction.
Car au fond, se connaître n’est peut-être pas découvrir une fois pour toutes qui nous sommes.
C’est apprendre, au fil du temps, à reconnaître qui tient les rênes et à devenir suffisamment conscient pour pouvoir les reprendre.