Au-delà des étiquettes : Tu n’es pas ton style d’attachement

Et si nous n’étions pas anxieux, évitants ou désorganisés ?

On voit partout, sur les réseaux sociaux, des vidéos sur les styles d’attachement.

– Voici 5 signes que vous êtes anxieux.

– Voici pourquoi un évitant vous fuit.

– Si votre partenaire fait ça, c’est un évitant.

– Si vous avez besoin de sécurité, vous avez un attachement anxieux.

Et puis il y a les vidéos sur les manipulations dans les relations, le ghosting, le love bombing, les comportements toxiques, les red ou green flags…

À force, nous avons appris à regarder nos relations à travers une multitude d’étiquettes. Mais le plus intéressant, c’est que nous ne nous contentons pas de catégoriser les autres. Nous avons aussi appris à nous catégoriser nous-mêmes.

À force d’entendre tu es anxieux (se), tu es évitant (e), tu es désorganisé (e), nous finissons parfois par nous mettre nous-mêmes une étiquette sur le front.

– Je suis comme ça.
– C’est mon style d’attachement.
– Je suis une personne anxieuse.
– Je suis incapable de m’engager.

Comme si le fait d’avoir identifié un fonctionnement signifiait que nous étions condamnés à le reproduire.

Mais se comprendre ne devrait jamais devenir une condamnation.

Un mécanisme n’est pas une identité.

Nous avons des tendances, des blessures, des stratégies de protection que nous avons parfois développées pour nous adapter à notre histoire.

Mais nous sommes aussi capables d’apprendre, d’évoluer, de nous ajuster et de fonctionner différemment selon les personnes et les situations.

Le danger des étiquettes, c’est qu’elles peuvent finir par nous enfermer dans cette image de nous même et à croire que nous sommes (comme ça) , nous ne chercherons plus à savoir si nous pouvons être autrement.

Et peut-être que la véritable liberté commence précisément là où il ne faut plus confondre ce que nous avons appris à faire avec qui nous sommes réellement.

On ne catégorise pas seulement les autres pour les comprendre, parfois, on se catégorise soi-même pour se définir et on finit par se limiter.

Et pourtant, cette façon de faire est tellement derangeante.

Parce qu’un concept qui devait nous aider à mieux comprendre les mécanismes relationnels peut parfois devenir une manière de mettre les gens dans des cases et parfois même de leur trouver des excuses.

– Il (elle) est évitant (e), c’est pour ça qu’il (elle) disparaît. 

– Il (elle) est anxieux (se), c’est pour ça qu’il (elle) demande constamment des preuves d’amour. 

– Il (elle) a peur de l’intimité. 

– Il (elle) a peur de l’abandon. 

Ça peut être vrai mais peut-être aussi que nous sommes en train de chercher une explication psychologique à des comportements qui mériteraient simplement d’être regardés pour ce qu’ils sont.

Comprendre n’est pas excuser.

Les styles d’attachement sont pourtant de précieux outils de compréhension. L’attachement anxieux, l’attachement évitant, l’attachement sécure et l’attachement désorganisé nous permettent de mieux comprendre certaines façons de vivre la proximité, la distance, la confiance et la sécurité dans nos relations.

L’attachement désorganisé est particulièrement intéressant parce qu’il peut sembler contradictoire, cet attachement a profondément besoin de proximité tout en ayant peur de cette même proximité, il cherche l’autre et en même temps veut le fuir. Il a grand besoin d’être rassuré puis repousse celui qui rassure et désire profondément l’intimité tout en se sentant en danger lorsqu’elle devient réelle.

Cela peut donner des comportements qui paraissent incohérents, alors qu’ils peuvent être l’expression de mécanismes de protection très complexes.

Mais là encore, comprendre le mécanisme ne signifie pas enfermer la personne dedans.

Parce qu’une personne n’est pas son style d’attachement.

Et surtout, nous oublions quelque chose d’essentiel, nous ne sommes pas toujours les mêmes dans toutes nos relations.

Nous avons certes des mécanismes de fonctionnement et des façons habituelles de nous protéger.

Mais nous sommes aussi des êtres relationnels.

Notre manière d’aimer, de nous rapprocher, de nous éloigner, de demander, de nous protéger ou de nous abandonner à l’autre peut être profondément influencée par la personne qui se trouve en face de nous.

Une personne peut être très sécurisée dans une relation et devenir anxieuse dans une autre.

Une personne peut être très disponible émotionnellement avec quelqu’un et ressentir soudainement le besoin de prendre ses distances avec quelqu’un d’autre.

Quelqu’un peut avoir passé des années à se croire indépendant , jusqu’au jour où une relation fait apparaître une peur de perdre l’autre qu’il ne connaissait pas et le fait rentrer dans la dépendance affective. 

Et quelqu’un qui se pense profondément anxieux peut découvrir qu’il ne l’est pas autant lorsqu’il rencontre une personne constante, claire et émotionnellement disponible.

Alors, qui sommes-nous vraiment ?

L’anxieux ? L’évitant ? Le sécurisé ? Le désorganisé ?

Peut-être que la réponse est beaucoup plus simple.

Parce qu’une relation ne fait pas seulement émerger qui nous sommes.

Elle fait aussi émerger ce qui se passe entre nous et en nous.

Et c’est là que le sujet de l’attachement devient beaucoup plus intéressant que les petites classifications que l’on voit circuler sur les réseaux sociaux.

Au lieu de demander quel est son style d’attachement ? 

On pourrait parfois commencer par se demander se qui se passe réellement dans la relation. 

– Est-ce que cette personne est réellement incohérente ?

– Est-ce que je suis réellement dans une demande excessive ?

– Est-ce que nous avons les mêmes attentes ?

– Est-ce que nous nous sentons en sécurité l’un avec l’autre ?

– Est-ce que nous communiquons clairement ?

– Est-ce que nos besoins sont compatibles ?

– Est-ce que nos comportements correspondent à nos paroles ?

Parce qu’il existe une immense différence entre comprendre un mécanisme et s’en servir pour justifier une relation qui ne nous convient pas puis rentrer dans la dissonance cognitive.

Et il existe également une différence entre avoir une blessure et être condamné à la reproduire.

Nous pouvons avoir peur de l’abandon et apprendre à ne plus courir derrière quelqu’un qui s’éloigne.

Nous pouvons avoir peur de l’intimité et apprendre à rester présents lorsque la relation devient profonde.

Nous pouvons avoir besoin de sentiment de securite interieur et apprendre à nous rassurer autrement.

Nous pouvons avoir tendance à nous protéger en prenant nos distances et apprendre à communiquer plutôt qu’à disparaître.

Nous pouvons avoir peur à la fois de perdre l’autre et de nous laisser approcher et apprendre progressivement à construire une relation plus sécurisante.

Nos mécanismes nous influencent mais ne décident pas à notre place.

C’est peut-être là que la responsabilité commence.

Parce qu’au fond, savoir que l’on est anxieux, évitant ou désorganisé ne devrait pas devenir une nouvelle identité.

Cela devrait être une information.

Une porte d’entrée vers une meilleure compréhension de soi et non pas une excuse pour ne pas assumer nos propres choix et actes.

Et si au lieu de passer notre temps à diagnostiquer nos partenaires à travers des vidéos de trente secondes, nous pourrions parfois revenir à quelque chose de beaucoup plus simple et se poser de vrais questions:

– Comment est-ce que je me sens dans cette relation ?

– Est-ce que je peux être moi-même ?

– Est-ce que je peux exprimer mes besoins ?

– Est-ce que je me sens respecté (e)?

– Est-ce que je me sens libre ?

– Est-ce que nous pouvons nous parler lorsque quelque chose ne va pas ?

– Est-ce que cette relation fait ressortir le meilleur de nous ou uniquement nos mécanismes de défense ?

Parce que parfois, nous ne sommes ni complètement anxieux, ni complètement évitants.

Nous pouvons être sécurisés avec l’un, anxieux avec l’autre, évitants dans certaines situations et même désorganisés lorsque certaines blessures sont profondément activées.

Nous pouvons être tout cela à la fois parfois, il suffit d’une relation différente, d’une dynamique différente, d’une personne différente, pour découvrir une version de nous que nous ne connaissions pas.

Nous ne sommes pas une étiquette nous ne somme pas un label.

Nous sommes une histoire, une rencontre, une dynamique et surtout, des êtres capables d’évoluer.

Et peut-être que la véritable question n’est pas finalement pas: Quel est mon style d’attachement ? 

Mais plutôt Qui je deviens lorsque je suis avec toi ? 

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